MISSION
D'INSPECTION PEDAGOGIQUE REGIONALE
DES LANGUES ET DES CULTURES REGIONALES

Bordeaux, le 28 juin 2005

Jean-Marie SARPOULET
Chargé de mission d'inspection en occitan

A Madame, monsieur le Professeur d'occitan
S/C de madame, monsieur le Chef d'établissement





Objet : Décès de Max Rouquette

 

Ma chère collègue, mon cher collègue,

 

Sommes nous si riches d'auteurs que nous puissions en perdre deux de manière si rapprochée ? J'ai la tristesse de partager à nouveau avec vous la douloureuse nouvelle d'un décès, celui d'un autre très grand auteur de notre langue occitane, Max Rouquette.

Bien entendu, nous sommes tous des littéraires et nous savons tous qu'il convient de chercher le poète dans ses mots et non dans sa vie, que son cadeau à la grande vie est là, à nous accepter « d'âme à âme ». Nous savons tous, assurément, qu'il est parti dans son paradis vert converser avec Guilhem et Beatriç, avec Bernat et Guiraut, avec Pèir et Frederic, avec Miquèu, Marcèla et Bernard. Ceux qui nous construisent ce que nous sommes depuis la fin du 11e siècle. Cependant, sa disparition « physique » nous laisse orphelins d'une part de nous même, celle que nous avions découverte dans son Verd paradís, en nous penchant sur la mort de
Costasolana, en fondant nos ruisseaux dans le grand fleuve, en retrouvant les chemins de l'enfance ou en lisant la bible de Lemaître de Sacy dans les greniers de la mémoire.

J'avais découvert Rouquette il y a bien longtemps, en travaillant l'occitan pour le bac, mais surtout, ensuite, en étudiant le programme du CAPES avec les candidats grâce à l'éclairage si fin de notre collègue Philippe Gardy, directeur de recherche au CNRS. Ensuite, chaque fois que j'avais eu l'occasion de parler de la littérature occitane, j'avais évoqué la métaphore en oxymore de sa « font mòrta », la fable janséniste de l'eau souterraine comme métaphore de la langue occitane. La fontaine
qui coulerait à nouveau un jour de vendange. Je me souviens alors de ces yeux qui m'écoutaient. Comme initiation, pour ceux d'entre vous qui vont avoir la chance de le découvrir, je vous renvoie à un bel article de Gardy que vous pouvez trouver sur Internet, « la douceur de l'inoubliable » : http://melior.univ-montp3.fr/slo/roqueta/fr/avant-propos.html et, d'une manière plus générale à tout le dossier http://melior.univ-montp3.fr/slo/roqueta/fr/

Deux décès de géants en moins d'un mois, c'est difficile à accepter. Je voudrais terminer en vous disant ma vraie tristesse. Comme chez Manciet, chez Delpastre, c'est la même Occitanie qui nous dit l'universel dans le tableau des petites choses et des ressentis profonds, dans les sonnets délicats, les formes littéraires généreuses, les petites peintures, les formes sobres, denses. De l'Occitanie atlantique à l'Occitanie méditerranéenne, de la lande à la garrigue. Et nous nous devons, dans notre travail de pédagogue comme simplement de femmes et d'hommes, de transmettre ces richesses à nos élèves. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place, si nous ne le faisons pas, nous trahissons ce que nous sommes. Je souhaite que, l'année prochaine, nous puissions étudier dans nos classes des textes de Rouquette, comme nous étudierons des textes de Manciet.


 

RECTORAT
5, Rue Joseph de Carayon Latour
B.P. 935 33060 BORDEAUX CEDEX
Téléphone : 05 57 57 38 19
Téléphone portable : 06 22 41 08 16
Télécopie : 05 57 57 39 77
Mél :
jeanmarie.sarpoulet@ac-bordeaux.fr

Jean-Marie SARPOULET