Les bastides : qu'es aquò ?


L'apogée des places de marché aux 13° et 14° siècles

Une place centrale dédiée au marché : Aux XIII-XIV° siècles, la population augmente, les échanges économiques se développent. Des cités nouvelles sont créées pour valoriser l'espace rural. Les bastides sont la dernière génération de ces cités neuves ; le rôle de la place du marché y devient primordial : la cité est entièrement conçue à partir de cette place ; autour d'elle, sont attribués des lots de taille égale, de 6-7 mètres de largeur (longueur des poutres en bois). Au cours de périodes de relative prospérité (comme aux XVII° - XVIII° siècles), les maisons sont reconstruites en pierre, parfois avec des couverts.

Les chartes de coutume : La fondation d'une bastide fait l'objet d'un texte juridique donnant des garanties pour attirer les nouveaux habitants : ils sont mieux protégés qu'ailleurs en cas de dette, ils ont des exemptions d'obligations militaires (jusqu'a 15 ans). La cite est administrée par des "jurats". Mais des impôts sont également prévus : les libertés ont pour contrepartie un renforcement du pouvoir central.

Le plan de la cité : Après la fondation, certaines bastides continuent à s'étendre selon le plan en damier (Nay) ; d'autres restent de modestes villages (Bruges) et révèlent peut-être mieux encore les détails des structures historiques anciennes. Un certain nombre de ces cités sont créées sur des landes incultes ; elles s'organisant alors selon un damier parfait. Mais l'adaptation aux conditions locales est la règle : quelques-unes sont bâties en extension d'un hameau préexistant, ou d'un bourg plus ancien blotti autour de son château (Arzacq) ; dans d'autres cas, les lots réguliers sont attribués le long d'un axe comme à Labastide Clairence, où le développement de la cité se fait selon un allongement privilégié (Gan).

Une dimension régionale : La création de cités nouvelles correspond à un important mouvement d'organisation de l'espace rural. Plusieurs types de villes neuves sont crées, d'abord autour de monastères, puis de châteaux. Dernier type apparu, les bastides sont au nombre de 350 dans le Sud-Ouest ; leur modèle de ville en damier est utilisé aussi à la même période (voire un peu auparavant) dans d'autres pays d'Europe.

Modernité des bastides : La création des bastides correspond à un aménagement du territoire de grande ampleur, sans équivalent aujourd'hui. Néanmoins, les bastides anticipent des traits importants de notre monde actuel : fonction commerciale au coeur de la cité (l'église est souvent reportée hors de la place), souci égalitaire, gestion de la ville par des citoyens, mais aussi contrôle accru de la population imposable. La création de nouveaux îlots de maisons permet une extension aisée du noyau urbain : la ville est ouverte.

Le Béarn et les bastides : Au Moyen Âge, le Béarn est un état indépendant. Gaston Fébus protège son territoire en renforçant l'habitat sur ses frontières : au Nord, avec l'Angleterre qui possède alors l'Aquitaine, à l'Est avec la Bigorre. Plus au sud, des bastides sont implantées au débouché de la vallée d'Ossau, pour favoriser les échanges et le commerce sur les voies de transhumance. A l'ouest, Labastide Clairence est un port fluvial donnant à la Navarre un débouché vers la mer. En 1538, sa position stratégique sur des voies de passage vaut à Navarrenx d'être fortifiée, deux siècles après la création des bastides. Dans les Pyrénées-Atlantiques, les bastides sont souvent bâties dans les vallées : le rôle militaire étant secondaire, il n'est plus nécessaire de prévoir un site stratégique en hauteur.