Vielleségure

AVANT LA BASTIDE
Un bourg se constitue le long d'une carrère, très ancien chemin qui menait de Lucq à Sauvelade. Quelques vestiges de ce qui pourrait avoir été un clauson (fossé et mur d'enceinte) semblent indiquer que ce village-rue (carrèra aforada) est déjà fortifié. Cette bourgade, située au nord d'une petite forteresse qui appartient au vicomte du Béam, le casteg, est nommée VIELA SEGURA (ville sûre). Ce nom désigne la paroisse toute entière qui comprend également trois autres quartiers (bésiaus ou vics).

LA CREATION
Le vicomte de Béarn Gaston Il fonde la bastide en 1339. Les trois autres bésiaus existants sont inclus dans la communauté. La bastide est parfois désignée par le nom de bourg, mais le plus souvent par le nom de Carrère, et ces deux noms sont encore d'usage aujourd'hui. Les autres vics ont également conservé leur nom : la Besiau de haut, la Besiau de bas, et Maubourguet. Les rues profondément encaissées à l'est et au nord sont les vestiges des fossés entourant la bastide. Le ruisseau qui borde le village au sud sert de limite à la bastide.
Implantée en bordure de la bastide, l'église surplombe alors le portau (porte fermant la bastide). Son robuste clocher est probablement alors un élément du système défensif avec les palissades et les portes (démolies au XIXème). La chapelle St-Bertrand-de-Comminges citée en 1351 dans un acte du notaire de Lucq, est probablement l'église paroissiale de l'ancien bourg. Elle a été incluse dans la construction de la nouvelle église.
La vaste place carrée, restaurée en 2000, d'où partent les huit rues partageant le bourg en îlots réguliers, témoigne du plan classique des bastides du XIVe siècle. Quelques maisons ont conservé leurs dimensions d'origine. Sur la route de Sauvelade, ruines de l'ancien moulin vicomtal.

LA BASTIDE
La charte accordée " le judy après la St-Barnabé de 1339 " n'existe plus. Mais, en 1675, lors de la confection du 'Papier Terrier', les jurats sont encore en sa possession, et l'exhibent devant les Commissaires enquêteurs pour établir leurs droits. C'est donc par ce Terrier de 1675, qu'il nous est donné de connaître que la bastide a bien été fondée en 1339 et qu'elle a reçu les privilèges du for de Morlaàs. La charte octroie ainsi aux habitants de la nouvelle bastide le droit de se constituer en Communauté et de se gérer, le droit de rendre la justice "civile, criminelle et politique " dans toute l'étendue de la paroisse, au nom du vicomte. Ce pouvoir de justice est exercé par quatre jurats, assistés par un Bayle qui a mission de consigner et d'enregistrer tous les actes judiciaires. Certains actes nécessitent la présence d'un notaire. Les quatre jurats ont un triple rôle : gérer la Communauté au moyen du Corps Municipal, rendre la justice avec le Bayle et collecter le Cens avec les deux gardes. Probablement nommés à l'origine par le vicomte, pour une durée de quatre ans, les jurats sont renouvelés par moitié tous les deux ans par le Corps Municipal (appelé aussi Corps de Ville ou Conseil de Paroisse). Celui-ci est composé des quatre jurats en place et des quatre députats qui représentent chacun l'un des Vics (ou besiau) qui forment la paroisse. Chaque députat est élu par les habitants de son propre Vic. Quand un problème sérieux se présente, le députat réunit les habitants de son Vic pour délibérer et en faire rapport au Corps Municipal. Ce fonctionnement se maintient jusqu'à la Révolution.

EVOLUTION MEDIEVALE
Gaston Fébus, en 1372, contribue à renforcer la sécurité du lieu. Il ordonne d'établir des doubles fossés, et de construire des guérites autour de son château et de sa Basse Cour qui ont été édifiés, sans doute depuis fort longtemps, sur une petite motte ou éperon barré au sud de la bastide. Il crée ainsi une reculhide. Le seul vestige de cet ensemble est le chemin d'accès à la reculhide, aujourd'hui profond fossé embroussaillé. La bastide est également fortifiée avec fossés et palissades et portes. Ces dispositions font de Viele Segure un lieu fort bien protégé. Dans la même ordonnance de 1372, Gaston Fébus nomme tous les chefs de maison des paroisses limitrophes qui ont obligation de s'y réfugier, mais aussi de participer à la construction et à l'entretien de cette fortification. Cette obligation les dispense toutefois du devoir d'entretenir celle du château de Pau. Les quelques 142 chefs de maison appartenant aux paroisses limitrophes, qui ont l'ordre de s'y replier avec leurs familles, s'ajoutent à la cinquantaine de chefs d'ostau de la paroisse elle-même, ce qui constitue une troupe disponible en cas de guerre ou de raids des bandes armées de brigands (" les routiers ").
L'ordonnance pour la fortification et la liste de ces ostaus figurent sur le registre de Bernard de Luntz, un des notaires du Vicomte. (ADPA -E 300). En 1385, 56 ostaus sont recensés dans toute la paroisse de Vielleségure, dont 47 feux vifs.

EVOLUTION
En 1529, le château vicomtal ruiné fut vendu au seigneur de Vianne déjà établi sur la paroisse. Il ne reste rien de ce château ni de ses fortifications. En 1553, 92 maisons sont recensées sur l'ensemble de la paroisse, et en 1675, plus de 100 maisons dont 70 dans le seul bourg. Les déclarations de confrontations pour le livre terrier de 1675 révèlent une implantation très dense dans le bourg, avec des lots qui ne mesurent pour la plupart qu'une place ou une et demie. Cette implantation a probablement été faite ainsi dès l'origine de la bastide. Le recensement de 1385 ne reflète pourtant pas une telle densité : la bastide n'avait pas peut-être pas fait le plein de poblans ou l'épidémie de peste noire avait peut-être décimé la population. Le 12 avril 1584, les privilèges sont confirmés par " Henri le grand roi de Navarre ". Au XVlle siècle, la morphologie de Vielleségure évolue. Le château vicomtal est en très mauvais état et les fossés de la bastide sont transformés en rues. C'est à cette époque qu'est vraisemblablement construit, dans l'îlot sud-ouest du bourg, le château qui sera connu sous le nom de Castet de Bianne, son propriétaire ayant racheté la seigneurie de Vianne (Bianne) dont le territoire situé au nord-ouest du bourg, fait aussi partie de la paroisse. Vers la fin du XVllle siècle le bourg et les 3 hameaux atteignent un millier d'habitants. Parmi ceux-ci se trouvent des marchands, des artisans, un "chirurgien", un bayle et un notaire. Tous ces métiers prospèrent jusqu'au XVlle siècle. Un espitau (hopital) accueillant les pèlerins de Compostelle laisse des traces jusqu'au XVlème siècle. Dès le XVIIe siècle, agriculture et élevage prennent le pas sur l'artisanat. Le seul qui subsiste alors est directement lié à la production agricole (forgerons, meuniers, nombreux tisserands). L'élevage, la culture des céréales et de la vigne se développent et prospèrent jusque vers les années 1960. Puis le vignoble disparaît, les exploitations agricoles moins nombreuses s'agrandissent. Au XIXème siècle, la halle disparaît, tout comme les portes de la ville. L'église est entièrement restaurée et remaniée dans les années 1870. Le clocher d'origine fut alors doté de sarbacanes, absentes dans la construction d'origine. Au XIXème siècle, l'église reçoit deux tableaux : une 'Vierge donnant un rosaire à St-Dominique', signé de Butay, peintre de l'Ecole paloise, et une crucifixion d'auteur inconnu. Ils ont tous deux bénéficié d'une restauration en 2004. Fort d'un millier d'habitants au XIXème siècle, le village n'en compte plus que 370 aujourd'hui dans plus de 150 maisons.


Dans les bastides, l'église est le plus souvent en retrait de la place. A l'occasion, le clocher pouvait servir de tour de guet ou de défense. L'emplacement de l'église de Vielleségure est conservé depuis la fondation de la cité.


Les maisons autour de la place de Vielleségure sont reconstruites aux XVIII-XIXème siècles.

Retour à la carte des Bastides