Rébénacq

AVANT LA BASTIDE
La charte mentionne que la bastide est créée sur des " terres incultes " du territoire de Bescat.

LA CREATION
En 1347, " le lendemain de la St Jean-Baptiste ", Roger d'Arevenac, lieutenant de Gaston Fébus, fonde la bastide par paréage avec l'abbé laïque Pierre de Bescat. L'emplacement se situe en vallée, sur un chemin de transhumance.

LA BASTIDE
Autour d'une place presque carrée de 70 m sont prévus une cinquantaine de lots, une dizaine par côté. Chaque nouvel habitant reçoit :
- une surface à bâtir " de 60 arrases de long sur 14 de large " (environ 27,6 m sur 6,4 m),
- " un jardin équivalent à deux places " (environ 55 m sur 6,4 m),
- 20 journaux de terre (7 ha environ), et " par grâce spéciale " 16 journaux (6 ha environ) exempts de redevance pour se soumettre aux conditions d'installation.
D'après les emplacements actuels, l'arrase utilisée était de 46 cm ; une arrase semble avoir été réservée pour l'androne entre les maisons, toujours visible. L'allongement des lots était donc d'un facteur 4 (60 sur 15). Dans le creux du vallon, la place de la Bielle est implantée en légère surélévation pour favoriser l'écoulement des eaux. La charte prévoit différentes dispositions ou avantages :
- le for de Morlaàs " intégralement et sans rien y soustraire ",
- pas de péage pour le pont,
- un moratoire en cas de dettes,
- la dîme de l'église,
- l'exemption du service militaire pendant 15 ans,
- des garanties en cas de saisie,
- un marché 2 jeudis par mois,
- un moulin farinier et un foulon, construit par le seigneur, de même que la porte,
- un bayle et au moins 5 jurats.

La présence d'un foulon s'explique sans doute par la situation de Rébénacq sur un chemin de transhumance.

EVOLUTION MEDIEVALE
Le recensement de 1385 note 25 feux vifs.

EVOLUTION POST-MEDIEVALE
Une propriété seigneuriale est attestée au XVIème siècle. Il n'est pas impossible qu'elle tienne son origine de terres conservées par Pierre de Bescat à proximité de la bastide (des terres non loin de l'église sont dites " abbatiales " dans des actes notariés alors qu'aucune abbaye religieuse ne s'est installée dans le village). Au XVIIème siècle, la famille noble étend par alliances ses relations jusqu'à la Cour de Paris. Elle possède le moulin à farine, le foulon (reconstruit en 1611), et en 1690 construit un moulin à papier. Les maisons initiales sont reconstruites en pierre à partir des années 1600. Des clavaux en témoignent, tout comme l'architecture des maisons. Cinq maisons sont datées du XVIIème siècle, dont deux sur la place de la Bielle. Limité au nord-est par la propriété seigneuriale et vers l'ouest au-delà du Néez par la commune de Gan, le village s'étend progressivement vers le sud-est (quartier de "La Haute Bielle "), au nord et au sud le long du Néez. En 1773, Rébénacq compte 164 maisons (environ 750 habitants). En 1775, Jean-Baptiste de Bitaubé, ayant fait fortune dans le négoce à Cadix en Espagne, fait construire le château qui domine toujours le village à l'ouest (cet édifice dit château de Bitaubé est aujourd'hui classé à l'inventaire complémentaire des monuments historiques). A cette même époque, l'intendant royal d'Etigny fait établir de nouvelles routes, entre autres pour rejoindre plus facilement depuis Pau les " Eaux Chaudes et Bonnes " en vallée d'Ossau, et pour relier Nay et Oloron. L'intersection de ces routes déplace le centre d'activité commerciale du village. Il faut donc pénétrer dans le village pour découvrir la bastide pourtant toute proche. Au XVIIIème siècle, les communaux sont vendus. Le parcellaire témoigne du partage. Le long du chemin de la Serre, la régularité des lots s'observe sur le cadastre napoléonien ; caractère qui s'estompe sur le cadastre actuel par suite des reventes. Toutefois un certain nombre de fermes détiennent une terre éloignée de leur propriété principale. En 1793, les terres seigneuriales sont vendues comme Biens Nationaux et le château détruit. Ce partage se retrouve en partie dans le parcellaire actuel, la disposition des lots reflète l'arpentage réalisé lors de la vente. L'emplacement de la propriété seigneuriale reste longtemps à usage agricole, la plupart des maisons n'y sont édifiées qu'après 1960. L'église est dédiée à St-Jean-Baptiste (en souvenir probable de la date de signature de la charte) et reconstruite en 1868-69 sans recourir à un architecte à l'emplacement d'une église plus petite dont elle conserve peu d'éléments : un bas relief en marbre (à l'intérieur de l'église au-dessus de la porte d'entrée) et un bénitier daté de 1751 (porte du bas-côté nord). Le clocher est érigé avant 1780 par Félix Carrérot orginaire de Lescun. Il est surélevé de 3 mètres en 1869 à la demande de nombreux habitants qui le financent grâce à une souscription, " pour favoriser la transmission du son à une plus grande distance ". Dans le choeur, des peintures sont réalisées par Joseph Castaing en 1904 (son fils obtint le prix de Rome en 1924), et au-dessus par Mlle Ribes en 1932-34. Le crépi est retiré depuis 1991. Le Néez comporte des berges accueillantes pour la pêche ou le pique-nique ; il est bordé de nombreux lavoirs, publics ou privés, dont certains sont couverts au début du XXème siècle. Les plus simples sont formés de quelques pierres de labasses (grès) disposées sur les berges.

LECTURE DU PAYSAGE
Les 14 ha attribués aux quelque 40-50 foyers correspondent à une surface d'environ 600 ha, ce qui est encore la surface agricole utile de nos jours. Rébénacq a probablement été conçu comme petit village agricole et est resté tel quel.
De la sorte le tracé de la bastide est particulièrement bien visible, car l'emplacement initial des lots n'a pas été occulté par une urbanisation. Le phénomène est particulièrement net du fait que les lots à bâtir sont ici assez allongés (4 fois plus longs que larges, alors qu'un rapport de 3 est plus courant dans les autres bastides) ; en outre les jardins attribués et conservés en prolongement du lot à bâtir font que les propriétés sont 10 fois plus longues que larges. L'ensemble de la bastide tient dans un carré de quelques 200 m de côté ; le parcellaire ou le tracé des voies devient irrégulier au-delà de cette limite. Le fond du vallon dans lequel s'abrite le village conserve en partie le paysage de bocage qui s'est établit au XVIIIème. Sur la colline occidentale (près du chemin de la Serre), un paysage ouvert (" open field ") prévaut, témoin de l'emplacement des terres indivises (communaux) de part et d'autre du chemin de transhumance passant sur la crête. La surface moyenne des exploitations agricoles est longtemps restée du même ordre de grandeur que celle attribuée lors de la fondation de la bastide (14 ha). En 1980, la moitié des exploitations avaient encore cette surface moyenne. Depuis lors, les surfaces augmentent par rachat de terres lors des cessations d'activité. De grands bâtiments s'établissent à compter de la décennie 1990 pour s'adapter à la taille des machines agricoles ou aux normes européennes.


Sur la place de la Bielle, à Rébénacq, une des plus anciennes maisons du village datée du XVIIème siècle. Les corbeaux ménageaient la possibilité d'ajouter des couverts ultérieurement.


La place de la Mairie à Rébénacq accueille actuellement les commerces.
Elle accueillait plus anciennement deux forges. A gauche, part la route de Nay, construite par d'Etigny au XVIIIème siècle. La bastide est en retrait vers la droite.

Charte de Rébénacq : Version française

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