AVANT
LA BASTIDE
Des traces d'habitat sur ce site remontent aux premiers siècles de notre
ère. En 1060, Navarrenx est une ville ouverte. Navarrenx est signalée
dans un cartulaire du XIème siècle sous le nom de SPONDA-NAVARRENSIS
("au bord de la Navarre"). En 1180 le vicomte du Béarn Gaston
VI prescrit dans une charte la construction d'un pont sur le Gave d'Oloron.
Un siècle plus tard, en 1289, Gaston VII fait bâtir un pont de
pierre avec tablier de bois comportant trois arches. Sur le chemin de pèlerinage
à Saint Jacques de Compostelle, ce pont permet un franchissement plus
aisé du Gave, et un " Höspitaü " avec sa chapelle
Saint Antoine est édifié pour l'accueil des pèlerins avant
le franchissement des cols pyrénéens par la Navarre. Une première
forteresse vicomtale, la Casterasse, est édifiée en 1185 par Gaston
VII Moncade sur le bord du Gave et de la rivière du Larroder pour protéger
le pont. Un mur d'enceinte fortifié, comparable à celui de Morlanne,
permet de recueillir la population en cas d'agression extérieure. Il
n'en reste que quelques pierres de soubassement et un mur inclus dans la fortification
actuelle de la cité.
LA
CREATION
Le village est une étape importante sur la route de Compostelle par la
voie du Puy. Aux portes de la Soule et de la Basse Navarre, le site est aussi
un carrefour de chemins conduisant aux cols du Somport à l'est ou de
Roncevaux à l'ouest. Au confluent du Gave d'Oloron et de la rivière
du Larroder, il offre la possibilité de franchir par des gués
assez sûrs un gave alors torrentueux et capricieux. En 1316, le bourg
médiéval reçoit le statut de bastide de la vicomtesse Marguerite
Mathilde de Béarn, ville de Gaston VII. Elle octroie une charte donnant
les avantages du for de Morlaas avec les privilèges et libertés
qui y sont attachés, une exemption de 15 ans de service militaire et
la création d'un marché un mercredi par quinzaine.
LA
BASTIDE
Une enceinte fortifiée est alors constituée par un fossé
et un épaulement surmonté d'une palissade, plus tard renforcé
par un mur. C'est dans le centre de la cité que l'organisation reste
aujourd'hui fidèle à ce plan de la bastide : place centrale, rues
perpendiculaires rythmées par des maisons de 6 à 7 mètres
de large, jardins derrière l'habitation, et en arrière les remises.
Des venelles séparent les maisons.
EVOLUTION POST-MEDIEVALE : La cité, forteresse militaire (XVIème-XIXème siècles)
Construction
de la cité bastionnée
La Casterasse est détruite par l'armée des Castillans conduite
par Guillaume d'Orange en 1523. Soucieux d'asseoir son pouvoir sur la Navarre,
Henri II d'Albret, roi de Navarre et vicomte du Béarn, veut alors renforcer
la valeur militaire de la cité pour se protéger au nord des français
et au sud des castillans. Pour ce faire, il fait construire les remparts actuels
sous la conduite d'un architecte italien, Fabricio Siciliano, sur un modèle
nouveau né en Italie et ultramoderne pour l'époque ; l'architecture
de défense médiévale aux contours arrondis est en effet
devenue vulnérable aux tirs tendus des canons devenus plus performants.
La construction des remparts oblige ainsi à démolir certains quartiers
habités. Commencée en 1538 avec le financement des Etats de Béarn
qui allouèrent 10.000 écus, l'édification réalisée
par l'entrepreneur François Girard de Bayonne dure une dizaine d'années,
ce qui est très court pour l'époque. En
1546 Tristan de Monein est nommé premier gouverneur militaire, les murailles
atteignent le niveau du cordon. La
citadelle devient alors le cur du système de défense de
la principauté de Béarn et de ce qui reste alors du royaume de
Navarre au nord des Pyrénées. Les dispositions adoptées
font de la cité - un siècle avant Vauban - la première
cité bastionnée de France. Elle n'a jamais été défaite.
Le dispositif de défense
comprend par ailleurs une organisation qui permet de lever des troupes en un
temps record, par la division du pays en " parsans " militaires. En
1549 le nouveau gouverneur Bernard d'Abère engage un maître maçon
Arnaud de Mirassor pour édifier le parapet de 7 pieds et demi d'épaisseur,
soit 2,33 m environ. Lors
des guerres de religion, le baron Bernard d'Arros (lieutenant général
de la reine Jeanne d'Albret) soutient un siège de 4 mois en 1569, avant
d'être secouru par le chef protestant Montgomery chassant les troupes
catholiques du roi de France Charles IX. A
noter le passage d'un gouverneur du nom de Paul de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan
de 1667 à 1703. C'est le frère du d'Artagnan (Charles de Batz
de Castelmore) héros du roman d'Alexandre Dumas. Un certain Isaac de
Pourtau est aussi le contrôleur de l'armement ; il est à l'origine
du personnage " Porthos " du roman " Les trois Mousquetaires
" d'Alexandre Dumas. Au
XVII ème siècle, lors du blocus anglais vers les pays nordiques,
Colbert fit exploiter les forêts de sapin des montagnes d'Aspe et de Barétous.
Les troncs qui servent pour la construction de navires sont transportés
par voie fluviale sur le gave. Navarrenx est alors un port fluvial de la mâture,
où passent jusqu'à 300 radeaux par an.
Description
de la cité bastionnée
Les éléments principaux de la nouvelle cité bastionnée
sont :
- les remparts classés
de 1657 m de pourtour ; les bastions, demi-lune, et portes fortifiées
remplacent les hautes tours et formes arrondies traditionnelles dans l'architecture
de défense médiévale.
- deux poternes (passages secrets souterrains) permettent une sortie discrète
en cas d'agression.
- deux grandes portes avec pont-levis permettent l'entrée et sortie normale
de la citée bastionnée. La porte Est est appelée porte
de France ou porte Saint-Germain et la porte Sud-Ouest est appelée porte
d'Espagne ou porte Saint Antoine. Cette dernière donne accès au
pont sur le gave d'Oloron, elle se dissimule derrière un orillon qui
la protège des tirs directs.
- la poudrière construite plus tard en 1580 témoigne de l'architecture
militaire en pierre de taille.
- la fontaine militaire qui permet l'alimentation en eau de la garnison est
un élément très important du système de défense,
car l'eau surgissant à l'intérieur de la cité ne peut être
tarie, détournée ou empoisonnée de l'extérieur.
- l'arsenal construit vers 1680 sur l'emplacement de l'ancienne maison des rois
de Navarre, remplace l'actuelle Eglise Saint-Germain pour le stockage des munitions
et des réserves stratégiques de vivres. Il peut contenir 30.000
boulets ou grenades ; sous les arceaux on peut mettre 60 affûts de canons
ou mortiers et 150.000 balles ou " saumons ".
- les casernes. La caserne Saint Germain semble avoir été construite
quelques années après les fortifications soit vers 1550. Elle
peut alors contenir 66 hommes.
Construites en plusieurs étapes, les casernes Saint Antoine, autour de
la place du même nom, sont prévues pour loger 344 hommes de troupe,
ce qui ne suffit pas en périodes de troubles où l'on dénombre
au moins 700 à 800 hommes logés chez l'habitant : environ 2 000
soldats sont présents lors de la mobilisation de 1870.
- la maison du gouverneur et la maison du Lieutenant du roi sont des constructions
remarquables. D'autres bâtiments sont aussi à signaler, comme l'hôpital
militaire, la prison, le couvent des capucins, la maison Lamarre, la maison
Darralde, etc.
- les glacis. Les contours de la ville sont complètement remaniés
par l'architecture militaire. Les glacis et la contre escarpe de terre (sauf
côté gave) font partie du dispositif de défense de la forteresse
en obligeant l'agresseur à se positionner sur les remblais. L'agresseur
se rend ainsi vulnérable à la puissance de feu de la place forte.
Autres
édifices
L'église
Saint-Germain (classée), est construite à partir de 1551. Elle
remplace l'ancienne église du même nom rasée pour la construction
des remparts. Elle est un temple protestant à la fin de son édification
en 1562. En 1620, elle est rendue au culte catholique par Louis XIII venu y
faire célébrer pour la première fois une messe après
un demi-siècle de calvinisme. Elle est de style gothique tardif et comporte
des décorations en masques de pierre ; l'un d'eux porte le chapeau de
pèlerin. Des tableaux ont été offerts par Napoléon
III en remerciement des soins prodigués à l'Impératrice
Eugénie de Montijo par le Docteur Darralde maire de Navarrenx. Le clocher
mur initial est peu élevé, ce qui se comprend dans une place militaire
qui ne doit pas offrir de cible. Le clocher actuel n'est construit qu'en 1728
par ordre de Monseigneur de Révol évêque d'Oloron. En 1792
l'Eglise est pillée par Monestier, prêtre défroqué
envoyé par la Convention. En 1989 elle retrouve sa véritable identité
avec la restauration de la porte latérale des Cagots démolie en
1873. Le pont a été reconstruit en 1583, réparé
aux XVIIIème et XIXème siècles ; la voie est portée
à 5,5m de largeur en 1988.
EVOLUTION
ULTERIEURE
Au cours du XIX ème siècle, la cité perd sa fonction
militaire et est désarmée en 1873. Les bâtiments militaires
sont mis en vente et en 1881 la commune devient propriétaire des remparts.
En 1885 la municipalité décide la démolition de la porte
Saint-Germain et le percement des remparts côté gave pour permettre
la circulation des véhicules devenus de plus en plus nombreux. Le
blason de la ville est d'azur à fleur de lys d'or sommée d'un
lambel de trois pendants de gueule en chef. Une
maquette de la cité est offerte à la ville par un mécène
: Robert Sarrailh. Elle est exposée à l'Arsenal et permet de situer
les bâtiments militaires et les points remarquables du dispositif de défense.

Navarrenx doit son origine
à la possibilité de traverser le Gave en direction de la Navarre.
Le pont initial est construit en 1289.

Témoin le plus
ancien des origines de Navarrenx, le pont sur le Gave, avec les remparts en
arrière plan.

Navarrenx
est munie de remparts au XVIè siècle, devenant la première
cité bastionnée de la France
D'autres informations sur Navarrenx
La Charte de fondation de Navarrenx (version française - version originale)
Conférence de Benoît Cursente (16 mars 2007, Navarrenx), organisée par le Cercle Historique de l'Arribère : "La Bastide de Navarrenx, étude comparative avec les bastides du Sud-Ouest"
Retour à la carte des Bastides