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I - L'époque romane

II - De 1200 à 1350

III - A partir de 1350

IV - Les villes aux XIV° - XV° Siècles

V - Vie et mort des bastions, du XVI° au XIX° Siècles

VI - Un exemple : Navarrenx

Bibliographie - liens

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III - A partir de 1350

Vers 1350-1380, c'est la fin du château fort de type Philippe Auguste, car il est inadapté aux armes à feu qui apparaissent alors.

Les progrès techniques
A compter des années 1400, on redécouvre le feu grégeois : des bombardes lancent des projectiles enflammés qui rendent très vulnérables les machines de siège ou échelles en bois. Elles deviennent inutilisables, et par exemple en 1415 à Harfleur sont retirées pendant le siège.

Connue de longue date en Chine, la poudre est portée au XIIIème siècle à la connaissance de l'occident. Les premières bombardes sont moins efficaces que les catapultes, et ne provoquent pas d'évolution architecturale : en effet les boulets de pierre se fragmentent souvent à l'arrivée. Le premier canon est utilisé en 1383. En 1377 les boulets ont une masse de 100 kg, en 1388 des boulets de 280 kg peuvent être lancés.

Le boulet métallique apparaît en 1450 ; il permet un tir tendu. En 1475 est utilisée la couleuvrine qui dispose des pièces à feu en batterie. Coulé en bonze à partir de 1480, le canon devient plus léger et peut être disposé sur un affût mobile. Ces innovations des artilleurs de Charles VII retournent la situation lors de la Guerre de Cent Ans et précipitent la fin du conflit en permettant par la reconquête éclair des places normandes en 1451. Elles permettent également une invasion rapide de la Lombardie au début des guerres d'Italie.

Le tir des catapultes produisait une trajectoire hyperbolique qui envoyait les boulets d'abord en hauteur ; à la retombée, les impacts étaient dispersés. L'utilisation du canon a deux conséquences :
- dans les 80 premiers mètres, la vitesse l'emporte sur la pesanteur, le tir tendu et la mobilité du canon permet de balayer en ligne droite horizontale des surfaces de terrain,
- le tir tendu du canon permet une précision de tir, les impacts cumulent donc leurs effets au même endroit : l'artillerie à poudre permet donc de percer les murailles.

Plus que l'apparition des armes à feu en tant que telles, c'est leur nombre qui devient au fil des décennies plus important, et qui oblige à changer les techniques de défense. L'armée française est alors l'une des mieux équipées. La portée du canon s'accroît et au XVIème il peut être disposé à quelques centaines de mètres de la place. La manœuvre de tir reste lente (un coup par heure pour les gros calibres) et la mobilité est toute relative. Les armes individuelles, arquebuse, mousquets, deviennent efficaces à une centaine de mètres.

Ces performances des armes à feu resteront inchangées jusqu'à la Révolution et fourniront la base des calculs pour le tracé des fortifications bastionnées.


Le château du XIV°-XV° Siècles
Les solutions de fortune les moins onéreuses sont d'abord recherchées, par exemple réemploi des tours anciennes que l'on munit d'une artillerie. Mais l'architecture ancienne est inadaptée : les sommets de tours sont creux, alors qu'il faut une surface plane pour manœuvrer un canon, de plus les maçonneries en sommet de tour sont trop fragiles. Une solution est de rejeter l'artillerie dans des ouvrages extérieurs : les boulevards, terrasses construites en avant du fossé ou dans le fossé lui-même (fausses-braies). Devant l'entrée du château sont disposées des barbacanes. On reprend parfois les anciennes archères verticales pour les transformer en archères-canonnières.

Les intendants royaux font réaliser des châteaux complètement nouveaux : Louvres (2ème château, 1364) puis Vincennes (1380). La diffusion du modèle est assurée par les grands seigneurs, à commencer par ceux de la famille royale. Vincennes est imité à la fin du XIVème et pendant tout le XVème. Les tours prévues pour l'usage du canon sont plus massives et plus basses, et munies de canonnières horizontales qui s'imposent à partir de 1480. Le flanquement rapproché des boulevards est assuré par des casemates en fond de fossé : pour permettre le tir en ligne droite, celui-ci doit être disposé en polygone.

A partir de 1450 ces impératifs nécessitent une séparation des fonctions : on ne peut plus assurer à la fois les meilleures conditions de résidence et de défense dans le même édifice. Le château fort médiéval disparaît donc à la fin du XVème siècle.

Ainsi dans le Vic Bilh, les châteaux que l'on rencontre sont de grosses résidences seigneuriales. La noblesse n'était pas un corps fermé dans le Béarn, ce qui explique semble-t-il l'apparition tardive d'une génération de châteaux de modeste importance.

Au contraire, sont construits des châteaux résidentiels dans lesquels l'aspect militaire devient symbolique ; par exemple le Plessis-Bourré, où l'on note l'absence d'éléments de tir, c'est l'édifice clef qui marque le passage à la première Renaissance : affirmation de l'intimité, résidence organisée horizontalement et verticalement, iconographie abondante. Le XIVème siècle est en effet marqué par un progrès dans le confort résidentiel : plus de luxe, d'intimité, de décors, d'agencement (circulation entre les pièces). La tour à vis abritant un escalier extérieur au Louvre (2ème château, 1364) est imitée partout jusqu'à la fin du Moyen Age : le Louvre en constitue la première réalisation en France et est donc un édifice phare. La Ferté Millon est un château dans lequel l'architecture est conçue pour attirer le regard sur une scène décorative.


L'escalier tour extérieur apparu pour la première fois au château du Louvre sert
de modèle pendant le XVIème : ici la maison Corisandre à Gan.
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Construit à la fin du XVIIIème, le château de Bitaubé à Rébénacq témoigne de l'affranchissement complet par rapport aux dispositions et contraintes militaires : l'édifice est entièrement conçu comme résidentiel.
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