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Journée des langues – CDDP de la Gironde – 15 octobre 2003

 

LES LANGUES REGIONALES :QUEL ROLE DANS LA CONSTRUCTION DE L'IDENTITE EUROPENNE ?
Intervention de Monsieur J. Salles-Loustau, Inspecteur Général d’Occitan

 
Cette question permet de s’interroger sur l’utilité des langues régionale dans la construction de l’identité française.

Une vision historique des langues apporte un élément de réponse. En effet, les langues régionales ont eu un poids culturel important. Par exemple, les emprunts du français à l’occitan sont réels mais on préfère l’ignorer, en faire l’impasse : les cours de français n’en parle pas. Toutefois, la culture européenne reconnaît la langue d’Oc. Par exemple, la signification du mot « Troubadour » est connu par certains élèves de pays étrangers, ce qui n’est pas le cas des élèves français.

En France, au cours de l’Histoire s’est tenu un discours d’exclusion. Les langues régionales apparaissent en marge de l’intellect. Au 19ème siècle, on les considère comme "patois". Ce mot est à l’origine un verbe "Patoyer". La langue de l’école est autre chose que les "parlers locaux", et donc, autre chose que les langues régionales. Il faudra attendre la loi Deixonne de 1951 pour avoir la possibilité d’enseigner ces langues.

Désormais, c’est dans l’Education Nationale que l’identité de ces langues est le mieux inscrite. L’école a participé à l’intégration dans l’identité nationale. Des textes et des procédures existent. Il y a, autour de l’enseignement bilingue, des innovations que l’Education Nationale, et donc le pays, a revendiqué. Il s’agit donc bien d’une construction.

Dans le cadre européen, ces langues retrouvent leur reconnaissance car ce sont des langues transfrontalières (ex : basque, catalan, alsacien, etc.). Les langues ne sont donc pas mortes mais elles ne peuvent être sauvées que grâce à des pouvoirs régionaux forts comme en Catalogne.

La discrimination par la langue régionale peut représenter un bonus pour l'étudiant. Par exemple, au Québec, elle procure un emploi valorisant.

Les langues régionales par leur existence, leur vitalité, pose à l’Europe la question d’un refoulé historique qu’il est temps de prendre en compte. Celui-ci est la part de l’ignorance entretenue autour des langues, notamment l’histoire des cultures qu’il ne faut pas réduire à un vain folklore. De plus, la présence forte et inévitable de l’anglais amène à réfléchir sur la cohabitation des langues. Dans ce cadre européen élargi, on ne peut négliger la possibilité  d’avoir accès à la maîtrise de deux langues dès le plus jeune. Il est donc important de parler de la contribution des langues régionales. La connaissance de l’anglais en se généralisant sur la surface du globe perdra de sa valeur ajoutée. Il faut donc faire vivre la langue régionale très tôt dans le développement de l’enfant car c’est un apprentissage facile. Par exemple, étudier les patronymes rend lisible l’environnement culturel immédiat. Il faut aussi permettre à l’élève d’avoir un regard critique envers lui et son pays. Il ne faut pas s’en tenir à un folklore. L’Histoire relie l’ensemble de la langue régionale à l’ensemble européen. L’élève apprendra les valeurs qui fondent le plurilinguisme dans lequel s’inscrit sa formation, et verra que la maîtrise d’une langue régionale constitue un enrichissement de tout premier ordre et du passage à un degré supérieur de culture, jadis réservé aux élites. A ce titre, Monsieur Salles-Lousteau cite Montesquieu :

"Si je connaissais une chose pour ma famille qui soit mauvaise pour ma ville, je la rejetterais. Si je connaissais une chose pour mon pays qui soit mauvaise pour l’Europe, je la rejetterais aussi".

Il serait intéressant que les élèves sachent que bon nombre de valeurs, de formes, qui constituent la civilisation européenne ont vu le jour dans leur langue : la rime, le sonnet et les valeurs comme l’amour courtois.

Cet apport ne s’arrête pas au Moyen-Age, par exemple, Mistral, Bernard Manciet, "Car si un peuple tombe esclave, il mord de la poussière, s’il maintient sa langue, il tient la clef qui le délivre de ses chaînes" (Mistral)

 



Mérignac, le 15 octobre 2003, Journée des langues
SOUS RESERVE DE MODIFICATIONS DE DETAILS PAR L'AUTEUR