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Journée des langues – CDDP de la Gironde – 15 octobre 2003

 
 

ENSEIGNER LES LANGUES DANS L'EUROPE D'AUJOURD'HUI
 

Intervention de Annie Lhérété
Inspectrice générale d'Anglais

 

 

Mme Lhérété, s’interroge sur la notion de choix d’une langue : " Quelle langue choisir ? " Elle rappelle qu’il existe 255 langues autochtones importantes et une tension entre deux besoins :

 

le besoin de communiquer
le besoin de préserver son identité

Il faut donc résoudre cette tension par des politiques linguistiques.

La construction européenne se lit à la lumière de ces problématiques complexes qui associent communication à progrès économique et diversité linguistique à richesse culturelle. L’Europe se pose cette question depuis le début de sa fondation.

Un diaporama met en perspective la politique linguistique au niveau européen.

L’Union européenne, la Commission et le Conseil de l’Europe ont mis en place des outils d’aide à la décision dont le Ministère de l’Education nationale s’inspire :

le guide pour l’élaboration des politiques linguistiques en Europe, publié par le Conseil de l’Europe en 2002

le plan d’action sur l’apprentissage des langues et la diversité linguistique, publié par la communauté européenne en 2003

Afin de lancer le débat, Mme Lhérété souligne les quelques lignes fortes de ces deux documents.
L’enjeu actuel est de réussir la mise en place en Europe d’une éducation plurilingue (ou multilingue).
Promouvoir le plurilinguisme c’est partir d’un fait : les Européens sont effectivement prêts à abandonner le monolinguisme; ils acceptent maintenant l’idée qu’il est nécessaire de se doter d’une langue de communication dans l’ensemble de la communauté . Cette langue ne peut-être que l’anglais.

On parle d’anglais = " lingua franca " et face à cette langue, l’enjeu est de bien mesurer deux phénomènes :

  • L’anglais = langue commune, est strictement un outil, elle ne saurait prendre la place des langues d’identification ni prétendre à devenir la langue nationale d’une nouvelle nation qui inclurait de nombreux pays d’Europe
  • L’anglais " lingua franca " ne saurait faire disparaître l’anglais = langue nationale
   

Les Anglais de GB, qui s’appellent des " native speakers " sont les premiers à s’en inquiéter.

D’après un sondage fait en Europe, la langue considérée comme la plus utile par 35% des Européens est l’anglais.
Nous devons nous accommoder du fait que l’anglais est considéré comme la langue la plus utile. Mais les Britanniques eux-mêmes s’interrogent ; ils se posent la question " Qu’est ce que cette langue franche ? "

Certains articles relevés par Mme Lhérété abordent cette question.
Elle n’est souvent autre chose que la langue de la domination, de la puissance économique anglo-américaine et plutôt américaine, qui convient plus ou moins aux Britanniques ; donc l’apprentissage d’une " lingua franca " ne saurait suffire.

 

Et le plan d’action le dit encore très clairement : on parle maintenant de créer un répertoire des langues pour chaque ministère de l’éducation, dans chaque pays.
Ce serait pour chaque pays la définition d’une langue mondiale majeure à enseigner, d’une langue d’un pays voisin et d’une langue régionale.

Le projet semble ambitieux ; surtout si nous gardons en tête que nous devons avoir une compétence maximale dans ces trois langues. Or, on abandonne l’idée de maîtriser les langues.

 

Le plan d’action dit clairement que l’apprentissage des langues choisies peut tendre à divers niveaux de maîtrise et s’effectuer sous forme de combinaisons différentes des quatre aptitudes. Donc, il n’est pas question de donner à tout le monde le niveau de compétences maximales dans trois langues. " Il n’est pas nécessaire que pour chacune des langues les mêmes types d’objectifs ou de progressions soit prévus ".

Voilà comment on limite l’ambition, on rend possible quelque chose qui paraît extrêmement difficile à atteindre.

Il s’agit aussi de ne pas limiter l’enseignement des langues au temps scolaire ; ainsi que de créer, grâce au cadre commun, des modes de validation intermédiaires. On pourrait, par exemple, dans le temps de l’école, arriver à un niveau en compréhension et en lecture, et puis reprendre, à partir de ce niveau, plus tard dans la vie, pour des raisons professionnelles.

L’enseignement des langues n’est pas le devoir exclusif de l’école.

Par ailleurs, il est question de ne plus limiter l’enseignement des langues aux seules heures de langues dans les établissements ; d’où le développement de ce que nous avons appelé les disciplines non linguistiques. Il s’agit là d’utiliser la langue pour enseigner une autre discipline.

 

L’essentiel est maintenant pour nous d’accepter de jouer pour l’ensemble des pays de l’Union la carte de la comparabilité et de la transparence des résultats. Ce sont là deux concepts un peu jargonnants mais qui apparaissent systématiquement dans les politiques linguistiques européennes :

- Le niveau B1 atteint à Lisbonne en anglais doit être comparable au niveau B1 atteint à Copenhague dans la même langue.

Tout ceci veut dire que nous allons vers l’élaboration de tests communs, de modes d’évaluation communs, que notre baccalauréat va sans doute changer puisqu’il faudra bien qu’il se cadre sur le cadre commun européen ; il nous faut donc nous familiariser avec cet outil.

De manière encore plus ambitieuse, nous allons vers un statut européen du professeur de langue qui, peut-être, n’enseignerait pas nécessairement une seule langue. Déjà, certains pays d’Europe le font. Nous allons vers ce statut européen du professeur de langues et vers une autre idée, qui est, pour tout étudiant des pays de l’Europe, l’obligation de faire une période universitaire (un an, un semestre...) dans un autre pays de la Communauté, avec validation de cette formation, quelle que soit sa discipline d’origine.

 

Pour conclure, une citation de Théodore Zeldin :
" Une conversation, c’est la rencontre de deux esprits qui possèdent une mémoire et des habitudes différentes "
Donc, les langues véhiculent tout cela ; elles ne peuvent s’affranchir d’une histoire et d’une géographie. Une " langue franche " est une langue amnésique.

Mérignac, le 15 octobre 2003, Journée des langues