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MON DIEU

Mon dieu,
je n'ai plus de vêtements sur moi,
je n'ai plus de chaussures,
je n'ai plus de sac, plus de portefeuille, de stylo,
je n'ai plus de nom. On m'a étiquetée 35 282.
je n'ai plus de cheveux, je n'ai plus de mouchoir,
je n'ai plus de photos de maman et de mes neveux.
je n'ai plus l'anthologie où chaque jour dans ma cellule de Fresnes
j'apprenais une poésie.
Je n'ai plus rien.
Mon crâne, mon corps, mes mains sont nues.
 
Catherine ROUX
Ravensbrück
 
 
CNDR 1995 – Poème 11 - 1

LA SOUPE

 
4 pas
Pas de chance
4 pas jusqu'au tonneau
4 avant moi
Celui devant à sa chance
Il arrivera au fond
Du tonneau
La louche balance
Le destin d'abord est pris de haut
Tout est clair tout est eau
Dans cette soupe qu'on ne remue pas
Au fond est l'épais
L'épais suspendu à 4 pas
Je les fais
Malchance
Le kapo ne se penche pas c'est trop bas
C'est un autre tonneau qui commence
Et le monde n'éclate pas.
Maurice HONEL
Auschwitz
 
 
 
CNDR 2000 – Poème 34 - 1
 

CREMATOIRE

Langues de feu léchant avides le ciel noir
L’œil est hypnotisé par cette rouge flamme
L’odeur de chair roussie en vous creuse le drame
Se joue en la fumée âcre du désespoir.
 
Charlotte SERRE / Ravensbrück
 
 
 
 
 
 
CNDR 1995 – Poème 11 - 1
 
 

La faim

La faim, toujours la faim effroyable et tenace
La faim qui vous torture et le jour et la nuit
Quand elle vous tenaille et que le sommeil fuit
Elle préside à vos matins et vous menace.
Car la faim, c'est la mort qui rôde en vos chemins,
Dans le travail forcé elle vous suit, hurlante,
Et la faim dans le froid reine de la mort lente
Crie et scande son rythme en des affres sans fin.
Le pain, manne sacrée, a des pouvoirs étranges
L'être s'avilira ou se sublimera,
Les Déportés par elle attendent le trépas,
Cannibale et maudite, horrible dans sa fange.
L'Histoire pourra dire en des lettres de sang:
Qu'ils moururent de faim pour nous garder vivants.
 
Charlotte SERRE / Ravensbrück
 
 
 
CNDR 2000 – Poème 35 - 1
 

LE CAMP

L'horreur, l'effroi, les coups, la faim,
Le feu, les murs, le fouet, les chiens,
Les poux, le froid l'appel, la neige,
Le mirador...
Que tourne... tourne... le manège...
 
Charlotte SERRE / Ravensbrück
 
 CNDR 2000 – Poème 35 - 1
 

LE PIRE

Maurice Honel, Auschwitz
 
 
Le pire, c'est la faim.
Avoir faim, attendre la coulée chaude.
 
Le pire, c'est le froid,
Le froid quand on a faim,
Le froid des affamés qui tendent l'écuelle
Attendant tout du temps,
N'attendant rien d'eux mêmes.
 
Le pire c'est les coups,
Les coups dans les reins.
C'est aux reins que les genoux s'articulent.
Douleur des coups, des corps sans genoux,
Douleur aux reins après deux heures d'appel,
Coups au réveil.
 
Le pire est savoir
Qu'on ne sait pas
Quand ça finira,
Au matin de la libération,
Ou chaque soir du désespoir.
 
Le pire, c'est le voisin qui tend sa face,
Et sous nos yeux s'entrechoquent ses dents.
Le pire, c'est qu'on marche à reculons
Dans des souliers
Pour géants.
Et que la nature nous coupe l'appétit.
Et nous faisons des pas petits petits
Comme des enfants
Rêvant d'espaces
Plus grands.
 
Le pire, c'est le pyjama rayé
Pour affronter la nuit polaire
Et tout ce que étoffe légère
Peut garder
Des seaux d'eau printanière.
 
Le pire, c'est d'être ici.
Le pire, c'est d'y penser.
Le pire, c'est d'écouter
Le temps qui ne coule pas.
 
 
 
CNDR 2005 – Poème 44 - 1

DORMIR

 
Dormir, dormir, encore dormir
Ne rien entendre autour de moi
Et surtout ne rien voir.
Mettre mon corps vide
Dans mon fumier douillet
Ne pas entendre le kapo
Détendre mes os douloureux
Sous ma peau.
Dormir, dormir, encore dormir
A perdre mon néant
M'éloigner de ce temps
Vers des draps blancs d'enfant.
Dormir, dormir, encore dormir
Embrasser mon pays, ma ville
Réchauffer mes amours inutiles
Sombrer d'un sommeil tyrannique
Devenir étranger
A l'espèce germanique.
Dormir, dormir, encore dormir
Pour refaire mon courage
Et décupler ma rage
Ne plus voir tous les yeux affamés
Ne pas rêver de soupe inexistante
Pour ne pas être que faut‑il faire ?
Dormir, dormir, encore dormir
Jusqu’à l’aube à refaire
Où il faudra partir.
 
-         La faim… le sommeil… les coups… le reste…
Tout le reste
 
André MIGDAL
Neuengamme
 
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