Charles Mangold et Guillaume Chapdeville

DEUX PATRIOTES


Rue Charles Mangold

CHARLES LOUIS MANGOLD

ALIAS "BROSSARD"

ALIAS "COMMANDANT VERNOIS"

Charles Louis MANGOLD était né le 22 Août 1891 à Ostwald, localité d’un peu plus de 5.000 habitants, située à quelques kilomètres au Sud de Strasbourg. Employé du Ministère, il était replié à Périgueux comme beaucoup de réfugiés Alsaciens pendant l’occupation, et habitait au début le quartier Saint-Georges avec sa compagne et son fils.
Fervent patriote, Il était plus connu dans la Résistance, d’abord sous le nom de BROSSARD, mais surtout sous celui de VERNOIS. Le Commandant VERNOIS, héros de l’Armée Secrète, était arrêté, odieusement torturé et fusillé devant le mur du quartier Daumesnil, le 12 Août 1944, vers 18 heures. Il allait avoir 53 ans…Evoquer la mémoire 27 ans après, sur le regretté Commandant VERNOIS, n’est pas chose facile. Surtout lorsqu’il s’agit de ce héros de la Résistance.D’origine alsacienne , Charles MANGOLD n’avait jamais accepté la défaite de 1940 et ne pouvait tolérer que son Alsace natale, que son pays la France, soient occupées par les fascistes hitlériens. Il n’aimait pas plus les collaborateurs de Vichy. Aussi, c’est tout naturellement que ce grand patriote rejoignit en Dordogne, les soldats de l’ombre, les soldats de la Liberté. 

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C’est dans la clandestinité que Charles Mangold devint le Commandant VERNOIS. Accepté par tous comme le Chef Indiscutable, comme le frère de combat unanimement respecté, VERNOIS fut reconnu comme le responsable de l’Armée Secrète de notre Département. Sa fine silhouette, son bon et franc sourire, ses énormes compétences, son inlassable dévouement, en ont fait l’âme de l’Armée Secrète dans toute notre Région.
Obligé d’abandonner sa situation civile, perpétuellement traqué, sa tête mise à prix par la Gestapo, les Allemands souvent sur sa piste, ne parvenaient pas à l’arrêter, Alors, qu’importait !...
Malgré toutes les embûches, en effet, le Commandant Vernois continuait le combat et intensifiait même son activité. Pourtant, le 7 Août 1944, la chance tourne.Les soldats nazis, ceux-là même que Vernois haïssait par-dessus tout, patrouillent sur la route de Bordeaux. Venant vers Périgueux, Vernois est arrêté entre Razac-sur-l’Isle et La Cave. Très vite reconnu par les Nazis, Vernois est emmené à pied jusqu’à Chamiers, où Il sera gardé à vue dans une épicerie, en attendant que la sinistre Gestapo, alertée téléphoniquement de sa capture, vienne le prendre.

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Conduit au 35e, Vernois subit des sévices innombrables. Questionné, Il refuse de parler. Alors les coups pleuvant. La torture commence. Vernois ne dit rien, les supplices n’ouvrent pas sa bouche. Enfermé dans une cellule, souffrant terriblement, mais refusant de voir son corps souillé par les balles du peloton d’exécution nazi, le Commandant Vernois s’ouvrit les veines à l’aide d’une boîte de conserve, avec l’espoir de mourir ainsi en toute fierté. Alertés, ses geôliers ne lui permirent même pas la mort qu’il avait choisie. Ligaturant ses bras, ils le ranimèrent d’une piqûre et le conduisirent immédiatement au poteau d’exécution. Une rafale, et VERNOIS, héros de la Résistance, payait son tribut à la Liberté et à la France.

Son fils, à son exemple, faisait lui aussi partie de la Résistance en Dordogne.

Après la Libération, la Municipalité de Périgueux reconnaissante, honorera ce héros de la Résistance disparu, en donnant son nom à l’ancienne Rue du Lycée.
Témoignages recueillis et texte de René AUXERRE, Trésorier Départemental de l’A.N.A.C.R., in « La Voix de la Résistance en Dordogne », n° 3, février 1971, p. 2

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GUILLAUME CHAPDEVILLE

Il reste à tous gravé dans notre mémoire, le nom de cet instituteur trapu, plein de malice, d’une intelligence raffinée et d’une grande érudition : notre ami, le défunt Guillaume CHAPDEVILLE.
Il est né le 1er mai 1897, à Badefols d’Ans, en Dordogne, et sans doute a-t-il toujours été influencé par l’anniversaire de cette date du 1er  mai, tradition et rappel des luttes ouvrières.
Chapdeville a toujours été, durant sa vie, en lutte pour la Justice, la Paix et l’indépendance, depuis son plus jeune âge.
Il fait des études brillantes à l’Ecole Normale d’instituteurs de Périgueux d’où l’arrache la guerre de 14-18, au cours de sa 3e année. Pacifiste, persuadé de l’injustice de la guerre, qui rapporte à ceux qui ne la font pas et ruine ceux qui la font, il fit, comme tous ses amis enseignants, tout son devoir avec courage et stoïcisme. Il est titulaire de la Croix de Guerre.

Chap2-2.JPG (7324 octets) Redevenu civil, Guillaume Chapdeville se consacre à la Paix. On le voit dans toutes les organisations qui viennent en aide et soutiennent les opprimés. Il adhère au Parti Communiste dès sa formation.Envoyé au Maroc comme instituteur, là aussi il lutte aux côtés des opprimés, ce qui lui attire des ennuis et brimades. Il n’en reste pas moins fidèle à son idéal, et nous savons que le Général Lyautey rendit un curieux hommage à son courage. Mobilisé en 1939, démobilisé en juillet 1940, il n’accepte pas la défaite. Les organisations où il militait sont dissoutes. Il se consacre alors à la Résistance, il organise des groupes clandestins, fait des collectes pour les patriotes emprisonnés, rédige des tracts appelant à la lutte contre l’occupant et ses complices de Vichy ; il est à la tête d’un service de renseignements très étoffé.

Il croit savoir que le Colonel qui commande le 26e Régiment d’infanterie, stationné à Périgueux, ne partage pas les idées de collaboration prônées par certains de ses chefs. En novembre 1941, il veut avoir un entretien avec lui et mettre ses camarades clandestins sous ses ordres, mais il avertit les siens au cas où, s’étant trompé, il ne reviendrait pas.
Le Colonel est un Résistant authentique, un vrai Militaire, qui n’accepte pas l’humiliation et, à partir de ce jour, on verra souvent Chapdeville, avec son inséparable pipe, se rendre à l’ancienne Gendarmerie, Place Francheville à Périgueux, pour élaborer des plans de Résistance contre l’occupant en vue de la Libération de la Dordogne et de notre Pays.
En Novembre 1942, le 26e qui, le 11 Novembre, avait pris position aux portes de Périgueux pour résister aux Allemands qui envahissaient la zone dite libre, est dissout par ordre de l’occupant.

Chap2-3.JPG (5702 octets) Chapdeville, tel le « Père Tranquille », continue inlassablement son combat, aidé par son gendre, Pierre Lanxade. Il établit, sur une grande échelle, les fausses cartes d’identité, camoufle bon nombre d’illégaux et de réfractaires dans des fermes amies. Son réseau est très étendu, très prudent sa grande et vraie activité n’est pas, jusqu’ici, soupçonnée.Il organise des réunions clandestines et, cette même année, en pleine occupation, il est à la tête d’une manifestation de la Rue de la République à la Place de l’Hôtel-de-Ville. On pense qu’il a pu en être l’instigateur mais, faute de preuves, il ne peut être que déplacé. Il est nommé instituteur au hameau de Ladignac-le-Long, près de Saint-Yrieix, en Haute-Vienne. Il ne perd pas de temps et se met en relations avec les Résistants, sur place, et avec ceux de la Corrèze, toute proche.
martial1.jpg (9360 octets) En liaison également avec Eugène CONANGLE, ex - « MARTIAL », originaire comme lui de la Dordogne, ces deux amis retrouvés forment bientôt l’Etat-Major des Francs-Tireurs et Partisans de la Corrèze. Il est Commissaire aux opérations de ce Département, où son esprit d’initiative, dans la lutte contre l’occupant, donne une impulsion nouvelle. Avec ses camarades, il organise la Résistance Armée, et tous ceux qui l’ont connu à cette époque se souviennent de ses passages dans les détachements au Maquis, de ses conseils éclairés le soir sous la tente, au milieu des bois, entouré de tous ces jeunes et ardents volontaires, avides d’apprendre et de retenir les leçons si utiles de ce « Responsable » plus âgé, mais qui serait pourtant resté si près d’eux, avec toute sa jeunesse et vivacité d’esprit, imprégné de tant de fraternité pour ceux qui partageaient ce même et grand idéal au service de notre Pays et de la Liberté. Il revient en Dordogne clandestinement, grâce à sa clairvoyante énergie. Grâce aux efforts qu’il déploie, en liaison avec tous les mouvements de Résistance, la Libération de la Dordogne est proche.
lanxade2.JPG (4991 octets) Son gendre, Pierre Lanxade, membre de l’Etat-Major des Forces Françaises de l’Intérieur de la Dordogne, tombe le 29 Juin 1944 sous les balles de l’ennemi, au « Moustier », laissant trois jeunes enfants. Cette perte va l’atteindre cruellement.
Au lendemain de la Libération de Périgueux, il est nommé, par toute la Résistance unanime et unie, Président du Comité Départemental de Libération. Il accueille cette haute distinction avec émotion et avec cette attachante modestie qui fait de Chapdeville une des plus belles figures de la Résistance de notre Région. Comme par le passé, dans ces fonctions, il joue encore un grand rôle dans l’organisation militaire et politique de notre Département, jusqu’à la Victoire du 8 Mai 1945.Eloigné du Périgord, une cruelle maladie devait l’emporter prématurément, mais ses camarades de combat garderont de ce grand Résistant un impérissable souvenir.

Témoignages recueillis et texte de Samson ROCHE, ex-« COCO». Secrétaire du Comité de Périgueux, in « La Voix de la Résistance en Dordogne », n° 7, février 1973, p. 2 et p. 7